Elle aspire à susciter une réflexion sur les représentations traditionnelles de l’intimité et de la sexualité féminine, influencée par des figures comme Virginie Despentes et Annie Sprinkle, qui remettent en question les normes établies avec une approche pro-sexe affirmée.
Nous montrerons son travail à l’occasion de l’exposition Ça va bien se passer.
Quelles sont les influences majeures (artistes, mouvements, événements) qui ont façonné ton approche artistique ?
Mes influences majeures sont : Michael Haneke, et son cinéma de transgression des interdits sociaux et moraux, qui dans ses films met en scène l’obscénité avec pudeur et intimité. Il y a aussi les photographies de Mapplethorpe, autant ses nus que ses natures mortes. Des artistes comme Alex McQuilkin et Jennifer Ringley m’inspirent aussi, par leurs travaux sur l’intimité filmée. En s’appropriant les codes de la pornographie et de la cam, elles mènent une réflexion sur la féminité, la sexualité et l’intimité tout en transgressant et se réappropriant les codes de la pornographie conventionnelle.
Comment illustres-tu l’intime dans ton travail ? Pourquoi est-ce pour toi un sujet pertinent à explorer ?
Dans mon travail il y a la pratique récurrente à l’auto portrait, souvent nu ou dénudé
qui est souvent pour moi une recherche quant à la question de l’intimité. Dans ces
photographies j’explore les modes de monstration de mon corps, de ce que je veux
en montrer et comment. Je pense qu’il s’agit pour moi d’une forme d’auto -érotisation et de réappropriation de mon corps, une manière de me mettre en
scène à travers l’empouvoirement et l’auto-sexualisation.
Peux-tu nous décrire ton processus de création ? Comment abordes-tu le développement d’une nouvelle œuvre sur des thèmes aussi personnels et politiques ?
Lorsque je commence un nouveau projet d’autoportrait ou bien de nature morte, je
produis quelques dessins, pour avoir une idée du cadrage, du type de plan et des
éléments que je désire. J’entame alors un travail de mise en scène, de set design,
puis je décide de la lumière. Une fois l’instant capturé, je travaille longuement en post
production, car c’est pour moi une étape aussi primordiale que la photo en
elle-même. La retouche est pour moi un moyen d’affiner l’image, d’y enlever les
défauts ou accidents, pour l’aseptiser, la rendre presque trop propre, trop parfaite,
générant ainsi une sorte d’inquiétante étrangeté qui rend l’image presque irréelle.
Quels matériaux et techniques privilégies-tu pour exprimer ces thèmes et pourquoi ?
J’ai découvert la photographie à l’issue de mon master à l’Ecole Duperré. Ce qui m’a
plus avec ce médium c’est la liberté de mise en scène qu’il procure. Une
photographie permet de cristalliser un instant complètement fictionnel et irréel, mis
en scène, presque mensonger et d’en faire une image palpable et pérenne qui a l’air
réelle. J’aime l’idée d’un instant capturé, sublimé et de tout le hors champs qu’il
induit. Comme une dichotomie entre ce que l’image donne à voir et la réalité qui se
cache derrière, tous les trucages, le maquillage, le set design, les lumières, le
cadrage etc.
Aussi, je photographie à l’appareil numérique, ce qui me permet de retoucher les
images, ajoutant encore une étape supplémentaire au processus de traitement de
l’image, s’éloignant encore un peu plus de l’image d’origine.
Les images que je produit me permettent d’inventer, de fabuler des récits et des
formes, comme autant de mensonges blancs.
Quel message espères-tu transmettre à travers tes œuvres ? Y a-t-il une réaction ou une réflexion particulière que tu espères susciter chez les spectateurs ?
Je pense que ma production d’image est une réaction à des siècles d’histoire de l’art
écrite par les hommes, pour les hommes, comme le rappelle une affiche des Guerrilla Girls de 1989 qui est encore malheureusement très actuelle, qui dénonce
que moins de 5% des artistes de la section d’art moderne du metropolitan (et de bien d’autres institutions) sont des femmes, mais 85% des nus sont féminins.
Je me positionne dans mon travail comme sujet et autrice, ainsi en contrôle total de mon corps, de mon image et de ce que je veux leur faire respectivement dire, comme une sorte de réappropriation des codes du nu et de la photographie. Si il y a de l’érotisme et de la sexualistation dans certaines de mes images c’est par ce que je l’ai décidé, et non parce qu’il s’agit d’un regard masculin imposé, et cela pour moi ça change tout. Ma manière de penser les représentations de l’intimité et de la sexualité féminine découle de l’idéologie pro-sexe de femmes comme Virginie Despentes avec des ouvrages comme King Kong Théorie ou Apocalypse Bébé ou Annie Sprinkle dans sa performance Post Porn Modernist Show.