Nous exposerons ses travaux à l’occasion de l’exposition Ça va bien se passer.
Quelles sont les influences majeures (artistes, mouvements, événements) qui ont façonné ton approche artistique ?
Les artistes dont la pratique s’articule autour des notions d’identité, de transformations corporelles et qui joue des codes de la représentation ainsi que la place de la femme dans la société ont façonné mon approche artistique. Rineke Dijkstra, Gisèle Vienne et Gillian Wearing ainsi que Cindy Sherman sont quelques artistes jouant de ces codes et représentation par la mise en scène photographique.
L’hyperréalisme est également une source d’inspiration et me permet d’appuyer des questionnements liés au simulacre et à la notion de vrai et de faux.
Les tutos et pratiques corporelles qui pullulent sur TikTok et Instagram sont aussi des sources d’inspirations quotidiennes.
Peux-tu nous décrire ton processus de création ? Comment abordes-tu le développement d’une nouvelle œuvre sur des thèmes aussi personnels et politiques ?
La plupart du temps je mets en place un protocole, une enquête. Je puise dans le réel pour le traduire ensuite dans mes mises en scène photographiques. Même si le protocole est en arrière-plan et tend parfois à disparaître dans ma démarche, il me permet de structurer et de démarrer mes séries.
Par exemple, pour Matriphagie il s’agissait d’aller à la rencontre de petites filles entre âgées 4 et 14 ans et de leur poser des questions autour du concept de féminité.
Entre clichés et transgressions, ces entrevues sont une récolte de témoignages qui m’ont permis de développer et d’appuyer une démarche photographique s’articulant autour des ambivalences et des évolutions du féminin, et de la difficulté du rapport à soi. Les filles m’ont beaucoup parlé de leurs fantasmes, de leurs futures projections mentales autant que physiques mais aussi comment elles s’appuyaient sur leurs mères ou leurs sœurs comme des modèles dont il fallait reproduire les gestes et le langage. Ces fantasmes, bien que multiples et divers, témoignent de la violence des stéréotypes qui entourent le concept de féminité et des attentes réservées aux femmes. Les interviews et dessins récoltés montrent que les filles intègrent rapidement les notions d’artifices, d’attraction et de pressions sexuelles.
Quels matériaux et techniques privilégies-tu pour exprimer ces thèmes et pourquoi ?
La photographie car elle me permet d’être en prise directe avec le réel, il y a aussi cette facilité d’obtenir immédiatement un résultat visible. Elle me permet d’être en lien direct avec des sujets déjà existants que je viens altérer et transformer par l’artifice.
L’installation est également un médium récurrent dans ma pratique. Elle me permet d’imaginer en volume et de sortir de l’image plate.
Quel message espères-tu transmettre à travers tes œuvres ? Y a-t-il une réaction ou une réflexion particulière que tu espères susciter chez les spectateurs ?
J’ai pour désire d’explorer les artifices de la féminité et d’en renverser les maniérismes codifiés en les reproduisant. L’artifice me permet d’appuyer et de rendre visibles ces injonctions. Dans mon travail il s’agit moins de trouver des solutions mais plutôt de faire voir aux spectateur.ices, par une certaine étrangeté, tous les stéréotypes qui entourent le corps féminin.
Comment tes expériences personnelles en tant que femme ou personne de minorité de genre influencent-elles ton travail artistique ?
En tant que femme, je suis naturellement sensible et fascinée par certains sujets qui ont trait notamment à la question de la représentation et du stéréotype et qui, de fait, concernent davantage les femmes. Mon travail est une traduction directe de ces ressenti et vécu qui m’ont également très tôt incombées.
Y a-t-il un événement personnel ou politique qui a inspiré l’une de tes œuvres ?
Simplement le fait d’être et de vivre dans un corps de femme avec tout ce que cela engendre.
Quels sont tes projets futurs ? As-tu d’autres thèmes ou idées que tu aimerais explorer dans ton travail artistique ?
Actuellement, je cherche différentes possibilités pour passer mes images en volume. Les images réalisées pour la série La Parallaxe Psy ont été gravés dans des cubes en verre ; j’aimerais élargir et approfondir cette technique.
Après la réalisation de ma sculpture Kim Kardashian’s Remains, j’explore également plusieurs pistes sur l’archéologie de nos corps, et comment nos pratiques corporelles en tant qu’humain serait perçu d’un œil biocentriste.